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The Messenger

Retour vers le futur

By Myriam Kessiby / January 24, 2019 / Posted in: Canadian Success Stories

Nous sommes au début des années 1990. Le petit Thierry, 8 ans, passe des heures devant sa console à explorer l’univers de Ninja Gaiden. Marqué par ce jeu vidéo, le jeune garçon se met à rêver à sa propre histoire de ninja… Avance rapide 25 ans plus tard. Thierry Boulanger, devenu programmeur, croise la route de Martin Brouard, producteur exécutif. Les deux passionnés de jeux vidéo, alors collègues chez Frima Studio à Québec, étaient loin de se douter que leur rencontre allait mener à la création d’un des plus grands succès de l’année 2018 dans leur industrie : The Messenger.


Martin Brouard et Thierry Boulanger (Photo par Stéphane Bourgeois)


Savoir où on s’en va

Thierry Boulanger avait appris la programmation dans l’espoir de créer un jour ses propres productions. Il souhaitait concrétiser sa vision depuis longtemps : lancer un jeu vidéo en hommage aux jeux de son enfance où personnage principal, un jeune ninja, doit parcourir un monde envahi par les démons afin de livrer un important message.

Thierry et Martin, qui s’étaient côtoyés alors qu’ils étaient employés Frima, n’avaient jamais travaillé ensemble en tant que tel. Malgré tout, les deux collègues se connaissaient suffisamment pour développer un grand respect pour leurs compétences respectives. Martin Brouard raconte : « Thierry m’a présenté son prototype de jeu pour avoir mon avis. Il devait le sortir de son système ! L’idée m’a beaucoup plu et j’avais confiance en son talent. Je n’ai donc pas hésité : je lui ai répondu que j’étais prêt à quitter mon emploi pour démarrer une entreprise avec lui pour réaliser ce projet. On s’est lancé. J’y croyais vraiment. »


The Messenger - image de Sabotage

C’est donc sur la foi d’une idée qu’a été fondé, en avril 2016, le studio de jeux indépendant Sabotage. Mais ce qui semble avoir été lancé sur un coup de tête était, en réalité, un plan précis, bien présenté et bien exécuté comme le souligne le cofondateur : « Il a fallu convaincre les gens puisque plusieurs nous disaient que ça ne marcherait jamais. Mais on connaît bien notre créneau puisque nous sommes nous-mêmes des passionnés de jeux rétro. Nous avons aussi pu compter sur la confiance que nous avons bâtie envers les gens de l’industrie au fil des années, avant de fonder Sabotage. »

Les deux cofondateurs ont d’ailleurs réussi à réunir une dizaine de personnes de qualité pour réaliser le projet, comme l’explique Martin Brouard : « On a monté un groupe d’anciens collègues vraiment expérimentés, des vétérans de leur domaine d’expertise, tous très talentueux et très compétents. Une véritable équipe de rêve ! » L’expérience de chacun était reconnue à un tel point qu’elle a permis à Sabotage d’acquérir une certaine crédibilité dès les débuts, comme le mentionne Martin Brouard : « Deux semaines après avoir fondé l’entreprise, nous avons remporté un prix Numix du studio de jeux vidéo le plus prometteur. » Devant un tel engouement, il fallait livrer la marchandise.


The Messenger sur Nintendo switch - image de Sabotage


De vrais ninjas

Et ç’a été fait. Le 30 août 2018, à peine deux ans après la fondation de Sabotage Studio, le jeu The Messenger a été lancé avec une réception phénoménale, plusieurs prix remportés, des adeptes partout dans le monde et d’excellentes critiques. Comment une si petite équipe a-t-elle réussi à produire un jeu d’aussi grande qualité en si peu de temps ? Le producteur exécutif est convaincu que la qualité des membres de son équipe y est pour beaucoup, en commençant par son cofondateur : « Thierry est un directeur créatif avec une vision très claire, capable de la communiquer, ce qui fait qu’on perd beaucoup moins de temps. Aussi, comme la structure est petite, on a beaucoup moins d’intervenants qui viennent mettre leur grain de sel, donc on avance beaucoup plus rapidement. Thierry reste quand même très ouvert aux suggestions de chacun. C’est pourquoi les membres de l’équipe se sentent très investis dans le projet. C’est leur bébé à eux aussi, même si c’est la vision de Thierry. » Cette ambiance de proximité de l’équipe face au récit et aux éléments du jeu est très différente de ce qu’on voit souvent dans les multinationales de l’industrie. Un principe très cher à Martin Brouard : « On adhère à la philosophie punk, avec une structure horizontale et non hiérarchique. Le respect, la passion et l’art passent avant tout. On voulait faire ce projet d’abord pour l’amour des jeux vidéo et non pour l’argent. »


Chez Sabotage studio (Photo par Stéphane Bourgeois)


Le rétro de l’avenir

Les créateurs voulaient que The Messenger soit plus qu’un hommage aux jeux rétro, comme le précise le producteur exécutif : « C’est une lettre d’amour aux jeux du début des années 90. L’aspect nostalgique est l’accroche ; beaucoup de gens sont attirés par le rétro. En surface, c’est ça, mais on joue avec les attentes en offrant beaucoup plus. Il y a un récit, des surprises, de l’humour, du fantastique, un côté historique des jeux, des revirements de situation. Le jeu passe de l’époque de la NES (Nintendo Entertainment System) à la Super NES au niveau graphique, au niveau musical et au niveau des genres. » Ainsi, The Messenger vise à combiner le meilleur d’hier et d’aujourd’hui, en mariant diverses formes de technologie. « Au bout du compte, on veut créer de la valeur. On souhaite que les gens en aient pour leur argent. Chez Sabotage, notre vision est d’avoir une esthétique rétro, mais avec du design et de la technologie modernes. »

Cette façon de faire et de voir les jeux aura été gagnante, permettant à Sabotage de développer une grande notoriété un peu partout dans le monde, comme le rappelle Martin Brouard : « The Messenger est très populaire à l’international et s’exporte bien. On a une belle visibilité dans la plupart des pays d’Europe. Nos ventes se font beaucoup aux États-Unis et en Chine. On a aussi une belle reconnaissance au Japon alors que les Japonais sont habituellement très exigeants envers les jeux qui ne sont pas conçus chez eux. » Pour couronner le tout, alors que The Messenger était inspiré de Ninja Gaiden, l’équipe de Sabotage a, à son tour, reçu un hommage de la part de ceux à qui ils avaient rendu un hommage : « Les créateurs de Ninja Gaiden ont joué à The Messenger, et ils ont adoré ! Le compositeur de la musique originale a même composé deux pièces musicales inspirées de The Messenger ! »


Graphisme du jeu - image by Sabotage

L’équipe de Sabotage a de quoi être fière : le rêve de Thierry est réalisé et le résultat est fidèle à sa vision. Le jeu se retrouve sur plusieurs listes du meilleur jeu de l’année 2018, à la fois pour le design et l’écriture. « Nous avons réussi à créer un jeu de grande qualité avec toute la passion et la rigueur qu’on veut associer à Sabotage. À ce jour, plus de 150  000 personnes jouent à The Messenger. »

Gageons que ça ne fait que commencer.

 

Le jeu The Messenger est offert sur PC et sur Nintendo Switch. D’autres plateformes sont à venir.